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jeudi 19 juin 2014

Lu et relu combien de fois ! "Les Belles de Tunis" de Nine Moati

tableau de J. F. Lewis. Live in a harem, 1858. 
London, Victoria Albert Museum,
Archives Edimédia


Un de mes plus mémorable coup de cœur, je ne saurai mieux expliquer ce livre que la quatrième de couverture de l'édition Seuil : 

Le siècle brûlant de la domination française en Tunisie revit ici à travers trois générations de femmes juives. Myriam, la nièce du caïd Nessim, fréquente les palais beylicaux mais grandit dans la misère du ghetto. Elle s’en échappe grâce à Eugénia, la grande dame garibaldienne. Maya, sa fille, vit les heures dorées de l’entre-deux-guerres avant d’affronter la période noire de l’occupation allemande. Marie, la dernière de la lignée, connaîtra un amour tragique alors que la lutte fait rage dans l’Algérie voisine et que la Tunisie redevient tunisienne. 
Amours et intrigues de cour, princesses beylicales, gens du peuple et bourgeois enrichis se succèdent dans cette vaste fresque familiale. La population cosmopolite de la Régence –où Juifs, Arabes, Maltais, Italiens et Français côtoient l’histoire, grande ou petite – est le principal personnage d’une chronique foisonnante, émouvante et savoureuse, à l’image de la ville elle-même.  

Citations : 
« Les effets du séjour algérois du bey, de l’attitude courtoise et même amicale que napoléon III lui avait réservée ne se firent pas attendre. Léon Roches obtint rapidement de gros avantages pour son pays, qu’il installait petit à petit dans la Régence. Profitant des circonstances, il envisagea de se faire offrir un nouveau bâtiment comme consulat. Il l’imaginait déjà, blanc et solidement planté en ville franque, avenue de la Marine, face à l’église Saint-Antoine. C’est que , depuis sa visite à Alger-la-Blanche, il supportait mal la vétusté du fondouk des Français, son humidité, son inconfort. » p. 41 

« Avec Aïcha, elle courait le long des galeries du palais. Toutes les pièces donnaient sur le patio, qui était couvert d’une verrière. Myriam n’avait pas vu grand choses dans la vie, mais elle comprenait que si l’architecture du palais rappelait vaguement celle de son oukala, la ressemblance entre les deux habitations s’arrêtait là. Chaque fois qu’elle arrivait au palais, elle se sentait émerveillée. Elle ne savait ce qu’il fallait admirer le plus, des plafonds ciselés formant de riches poissons, des marbres qui recouvraient les murs ou des lustres aux verres foncés. Elle aimait surtout la suspension qui tombait de la verrière pour éclairer de ses innombrables bougies l’immense patio. » p.66 
« - Honnête ? Vos services de renseignements fonctionnent donc si mal ? Je peux vous dire, moi, que votre Eugenia et ce gros juif de Nessim … Mais je n’ai rien dit. Je n’aime pas dire du mal d’une femme, surtout si elle est laide et compatriote de surcroît. Mais à ce point-là, tout de même ! Quand je pense que tout l’argent de la Tunisie, de notre cher pays, est entre les mains de cette intrigante ! Et quand je pense, d’un autre côté, au bien que la France fait ici, grâce à notre ami le consul. …
Je tiens à remercier Son Altesse d’avoir décerné le Nicham Ifrikhar au jeune Henri Dunant. Celui-ci en a été profondément touché. 
- Sa Notice sur la Régence de Tunis » enchaîna le Khaznadar, est tout à fait remarquable et les portraits qu’il y trace de nos deux, cher ami sont des plus flatteurs.
- Savez-vous qu’il vient de créer à Genève une convention pour la protection des victimes de la guerre ? Après notre cher bey, tous les souverains d’Europe veulent maintenant le fêter et le décorer. Déjà, la Croix-Rouge, cette association qu’il a fondée l’année dernière, fait grand bruit. 
- Un autre de vos amis fait lui aussi parler de lui, reprit le Khaznadar. C’est l’orientaliste Alphonse Rousseau. Il vient de m’envoyer son ouvrage paru à Alger : Les Annales tunisiennes. Décidément, mon cher, nous ne saurons trop vous remercier de votre travail en Tunisie. Je suis sûr que , grâce à vous, la France brillera d’un éclat  particulier dans l’empire du Soleil-Levant, comme elle brille ici en ce moment. » p.103
« On appelait « le Passage » ce quartier de Tunis car il était situé près du passage à niveau du train électrique pour La Marsa dont la station de départ se trouvait juste devant le café Florian. Toutes les grandes rues de Tunis aboutissaient d’ailleurs au Passage. L’avenue de Londres grouillait de monde. Des juifs venaient pour acheter des pois chiches chez le Hammas de Tataouine, surtout le vendredi soir, veille de shabbat ; Ils allaient souvent aussi au théâtre Ben-Kemla applaudir, en compagnie des Arabes, les troupes tunisiennes qui n’avaient pas pu se faire engager au théâtre municipal. » p. 177

Une petite note personnelle : 
Lorsque l’on a vécu de très nombreuses années de l’autre côté de la Méditerranée, sur ce sol tunisien, si riche d'une Histoire lui ayant donné de grands hommes depuis l’Antiquité, Hannibal, Saint-Augustin, etc. jusqu’à Bourguiba, comment ne pas être touchée par cette tranche d'histoire de la Tunisie, racontée d’une si belle manière par Nine Moati ! N’était-elle pas elle aussi, une fille du pays ! 

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