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samedi 27 décembre 2014

Mes coups de cœur de l'année 2014 (suite 2) "La liste de Noël" de Jojo Moyès.


"La Liste de Noël" Jojo Moyès ***
 Alix Paupy (traducteur)

Une note spéciale pour les illustrateurs des livres, toujours magnifiques !
"La Liste de Noël" Jojo Moyès [Ed. Bragelonne]
     Lu sur ma liseuse, une petite nouvelle de quelques pages, évoquant l'angoisse des dernières heures qui restent afin de terminer les achats pour la soirée du réveillon. Tout doit être parfait, parce que la belle-mère, ne ratera pas une occasion de lancer des piques à propos du repas ou  des cadeaux de Noël, et de l'ambiance parfois ...

     C'est la veille du réveillon, il faut faire les dernières courses, tout le monde se précipite dans les magasins. Où trouver ce parfum "Crocus versus" si rare pour la belle-mère que son mari lui a recommandé ?
« Crocus Versus. Il n’y a que la mère de David pour réclamer un parfum dont personne n’a entendu parler. Chrissie a arpenté tout le West End, mais a chaque boutique on lui a répondu : « Non, on ne connaît pas. Essayez plutôt … » [p. 1] 
     Le pudding de chez Waitrose, mais pas de Marks&Spencer :
"Le téléphone sonne, un nouveau message s’affiche.

« Je t’avais bien précisé de prendre le pudding de chez Waitrose ; Tu as acheté celui de Marks&Spencer. Comme tu n’es toujours pas rentrée, j’ai dû faire le déplacement moi-même, et ils n’en ont plus. » [p. 10]
      Et le Stilton, le fromage qui pue, à prendre à la fromagerie de Marylebone.
     Et le téléphone qui n'arrête pas d'envoyer des SMS de son mari, qui lui récite les courses à faire, à ne pas oublier, alors que lui est bien assis, au calme dans son bureau. C'est le burn out ! Elle va craquer, là au milieu de la rue, elle n'en peut plus ...
    
     Puis, un taxi s'approche, un peu comme un bon samaritain, qui va la prendre en charge, l'aider à terminer son parcours du combattant, tout en lui parlant, pour lui remonter le moral, même lui donner de très bon conseil, pour profiter elle aussi, de ces journées de fêtes comme elle le souhaite ...

     Un conte de Noël, moderne, qui va peut-être en faire méditer quelques un(e)s. Tout le monde a le droit à sa période de pause ! 




Pratique : 
Parution : 8 décembre  2014
ISBN 2820519415

Mes coups de cœur de l'année 2014 (suite 1) "L'Héritage Windsmith" de Thierry Gandillot

L'héritage Windsmith de Thierry Gandillot ***


"L'héritage Windsmith" Thierry Gandillot [Nil Editions] 


     Un autre roman écrit par un journaliste, Thierry Gandillot, qui traite d'un problème encore non solutionné totalement de nos jours. 


     Nous sommes en juin 1989, dans une galerie d'art new-yorkaise. Le directeur Peter Sollness, inaugure une nouvelle exposition d'un artiste contemporain par un cocktail. Il envoie une invitation à un de ses amis Léo Windsmith, héritier de l'empire de son grand-père Matthew Windsmith. Le fax que ce dernier reçoit l'intrique : Il voulait le voir "vite" souligné. Voici un très bon prétexte, pour lui présenter Raphaëlle Debloye, une Française diplômée en Histoire de l'art, professeur à Colombia. 
     A partir de cette rencontre, sa vie qu'il croyait réglée comme du papier à musique, va se révéler n'être plus qu'interrogations, de découvertes en découvertes. 
     Une plongée dans le monde de l'Art, des galeristes, des amateurs d'Art, des collectionneurs.
 « Quand le temps sera venu, je te dirai la vérité –enfin ce que tu dois savoir si tu veux exercer ce métier après moi. Jusqu’ici, je t’ai enseigné la théorie. Maintenant, tu découvres la pratique. Je n’avais pas prévu que tu apprennes aussi vite le vrai visage de notre profession, mais après tout, ce n’est peut-être pas plus mal. Le marchand  est comme l‘artiste, il doit se méfier des apparences. Le beau n’est pas la reproduction du vrai. Il n’y a rien de plus ennuyeux qu’une toile qui prétend rendre compte fidèlement d’un paysage. C’est ce que les impressionnistes avaient compris. » [p.129]
     En même temps, ce roman incite à une relecture de certaines pages de l'Histoire des années précédant la Guerre de 39/45. Alors qu'Hitler commence son ascension politique, est-ce sa mégalomanie qui grandit, avec son ambition de construire son grand Musée, projet que le citoyen moyen ne connaissait peut-être pas. On se pose parfois la question. A-t-il programmé son invasion de l'Europe dans le seul but de vider les Musées ? A-t-il échafaudé son plan de la solution finale, pour faire disparaître les collectionneurs privés, et s'approprier les chefs d'oeuvre en leurs demeures, des centaines des plus beaux trésors de l'art ! 
« … Je crains que vous n’imaginiez pas, justement. Le pillage de l’Europe par les nazis, monsieur, constitue le plus grand hold-up de tous les temps : seize millions d’œuvres d’art ont été volées en moins de dix ans dans les musées des pays occupés ou dans les collections particulières. Non seulement en France, mais aussi en Tchécoslovaquie, Pologne, Belgique et aux Pays-Bas pour ne citer que les principaux. A lui seul, Hitler avait détourné dix mille chefs-d’œuvre de la culture européenne. » [p.257]
     Je ne peux pas ignorer un film sur le sujet, à la gloire d'une femme, Rose Valand, qui a produit un travail colossal, en tenant des registres où toutes les opérations de saisie et de suivi des œuvres fut mentionnées ; sur les écrans sorti en mars 2014, "Monuments Men" réalisé par George Clooney  (http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=201434.html)

Pratique : 
Parution : 1 Mars 1996
Format : 140 x 225 mm
Nombre de pages : 368
Prix : 120.00 F (18,55 €)
ISBN : 2-8411-1040-0


    N.B. : Ce livre est une première édition publié en 1996, mais l'actualité qui a dépassé la fiction, en faisant ressortir des chefs d'oeuvre dans des appartements suite à des décès d'anciens soldats allemands, qui avaient pris leur butin personnel, a permis une nouvelle édition avec certainement des mises à jour. Une nouvelle lecture en 2015 à prévoir. 



Mes coups de cœur de l'année 2014 "Je suis Pilgrim" Terry Hayes

     Samedi 27 décembre 2014, l'année est presque terminée, quelques bons livres vont rester dans ma mémoire, avec leurs personnages qui semblent parfois tellement vrais ! Je vais donc récapituler ci-dessous, mes belles lectures.

     Cette année le Père Noël m'a offert une liseuse ! Une Kobo Aura, moi qui était jusque-là assez réfractaire à ces nouvelles technologies, j'admets quelques avantages que je vais développer ici. [http://fr.kobo.com/koboaura#overview]

     J'aime tellement mes livres, que lorsque je dois partir pour plusieurs mois parfois, je suis toujours un peu déchirée, de devoir me séparer de mes livres. La liseuse va me permettre de solutionner ce problème, il me suffit de télécharger les titres que je souhaite emporter.

     Avez-vous lu "Je suis Pilgrim", de Terry Hayes (600 pages) , ou encore la trilogie "Le Siècle" de Ken Follett, Le premier volume "La Chute des Géants" (1008 pages) ? Vous pouvez tenir ces livres dans les mains, lorsque vous êtes dans votre lit, la tête sur l'oreiller, prêt à dormir ? Le livre vous tombe des mains littéralement ! La liseuse, quel confort ! Peu importe le nombre de pages de votre livre, la liseuse pèse toujours 174 g ! Avec en plus pour les insomniaques comme moi, les réveille tôt, la possibilité de lire au calme, sans gêner son partenaire, grâce à la lumière incorporée réglable ! 

     Bon, en plus de cette merveille de la technologie, je dois revenir au bon vieux livre papier, objet tant convoité pour ma bibliothèque, et présenter mes lectures de décembre et peut-être aussi d'autres des mois précédents qui me reviennent en mémoire.

-=-=-

"Je suis Pilgrim", de Terry Hayes  ****
Traduit de l'anglais par Sophie Bastide-Foltz


Je suis Pilgrim, Terry Hayes, Hachette
        Terry Hayes, ancien journaliste, auteur de scénarios portés à l'écran, nous propose là un pavé de 600 pages, classé par Hachette dans sa collection Thriller. Une histoire montée comme dans un film, un scénario qui nous fait parcourir le Monde, sur les pas de deux personnages. Pilgrim, [le Bon] celui qui n'existe pas matériellement, un être imaginé de toute pièce par les services secrets américains, qui part à la recherche d'une tête nucléaire, qui pour être une bombe, n'est pas celle que l'on croit. Et le Sarrasin, [le Méchant] le terroriste. Son histoire, le drame qui a fait basculer sa vie, vers d'autres drames ...

« Edmund Burke disait que le problème avec la guerre, c’est qu’elle entraîne la disparition des valeurs mêmes pour lesquelles vous combattez –la justice, la morale, l’humanité -, et je ne pouvais m’empêcher de penser au nombre de fois où j’avais transgressé les valeurs les plus importantes de notre pays pour les défendre. »  [chapitre 12 - p. 61]

     En même temps, que l'on découvrira l'histoire de ces hommes, leur vécu, les événements qui les ont fait devenir ce qu'ils sont. Nous voilà plongé dans les cuisines (au sens propre comme au figuré) des services secrets américains. 

     N'oubliez pas votre passeport, vos cartes IGN, Google maps, pour vous retrouver sur la planète ! 
  J'ai bien aimé ce voyage aussi dans l'âme humaine. Qu'est ce qui peut faire qu'un enfant vivant dans une famille cultivée, aimante, entre son père, sa mère et ses frères et sœurs, deviendra un homme avec une idée fixe, qui mènera sa guerre, dans l'ombre en solitaire, au fil des années, pour lutter contre son ennemi ? 

Pratique :
Date de Parution : 04/2014
Code EAN/ISBN : 9782709645805
Prix public : 22.90 €


jeudi 27 novembre 2014

Rose d'Alger de Nine Moati (suite de "Les Belles de Tunis")

Lu et relu combien de fois !



Sujet :

Nous retrouvons des personnages de "Les Belles de Tunis", leurs enfants, et lieux familier au premier volume de cette saga. Les événements politiques qui vont bouleverser les familles, aussi de l'autre côté de la Méditerranée. Marie et sa mère, de Tunis prennent le chemin d'Alger, invitées par Rose, afin de représenter la famille de Rose à un événement de la famille résidant à Alger. Mais, sa mère à peine arrivée doit repartir à la recherche de son mari, qui a été arrêté, pour ses opinions politiques en tant que journaliste, et dont on n'est sans nouvelles.


Un roman, dans lequel les rebondissements ne manquent pas. 

Extraits :
"La vie éclatait alors avec la même intensité que son soleil. Après leur mariage les Enriquez avait fait construire une petite villa à La Marsa. La présence du Bey, dont le palais occupait une grande partie de la station balnéaire, lui donnait un air aristocratique et décadent. Le résident général de France y possédait aussi, avec La Camillia, le plus beau jardin méditerranéen qui fût et les grandes familles musulmanes y avaient leur demeure. 
Les Tunisois déménageaient massivement dès le mois de juin, désertant la fournaise de la capitale pour le charme ventilé des plages. Maya réservait toujours la même "araba", un grand chariot presque médiéval. Dans son coffre orné de poissons pour le protéger du mauvais oeil, le déménageur entassait, en un désordre connu de lui seul, sommiers, matelas, frigidaire, couscoussiers et chaises-longues. Ce jour-là, Marie portait son maillot sous sa robe pour courir plus vite à la plage.
Les cyprès et les eucalyptus du parc de la Résidence ombrageaient la route torride. L'air de la mer étourdissait Marie, la faisait revivre, la lavait.Elle longeait la grille en bois de la plage privée de la France pour aller rejoindre, à Sainte-Hélène, ses petits amis. Là, année après année, les mêmes se revoyaient autour de L'Arcouest, le cabanon des Bennys où souvent, on consommait une gazouze. On s'allongeait sur le sable blanc, on ne se baignait pas beaucoup - il suffit à un vrai Tunisien de voir la mer pour être heureux ..." 

Mon avis :

Lire ce roman, qui s'accroche à "Les Belles de Tunis" et à "L'Orientale", c'est retrouver toute l'ambiance de la Tunisie que j'ai connue dans ma jeunesse. Les années 1970 où j'ai rencontré des amies tunisiennes, qui m'ont accueillie et fait découvrir la vie tunisienne. Depuis, c'est un peu mon second pays, j'y ai fondé ma famille, et je vis entre France et Tunisie, une vie passionnante, moi aussi, faite de joie et de grandes peurs ces derniers temps, tellement chaotiques. C'est un peu mon histoire aussi, les mariages mixtes et les enfants qui naissent, assis toujours entre deux chaises ! Comment on peut s'attacher viscéralement à un pays, et souffrir de ses déchirements. 

Une saga, que je recommande vivement pour comprendre l'Histoire avec un grand H de la Tunisie.

Pratique : 

Date de parution : 02/05/1991
252 pages - 22.00€
ISBN 9782213027456
Editions : Fayard








Posé sur ma table, George Sand, Les Carnets d'une insoumise.

George Sand, Les carnets d'une insoumise.
de Catherine Hermary-Vieille



Sujet :
Nohant, juin 1876. George Sand vient de rendre son dernier soupir, elle a été enterrée dans le petit cimetière de Nohant, près de celles et ceux, trop tôt disparus,  qui ont été chers à son cœur. Solange, sa fille se retrouve seule, à son tour, dans cette maison, avec ses souvenirs, et la mission de brûler les trois carnets, journaux intimes de sa mère.  Avant de les réduire en cendres, elle s'oblige à les lire, afin de peut-être, mieux connaître cette mère qui lui fut si souvent étrangère, incomprise. 

Nous allons nous retrouver entre ces deux femmes, chacune avec sa version, son ressenti des événements vécus en commun. Un journal à quatre mains en quelque sorte.

Citations :
"A la différence de Maurice, qui vivait dans son ombre, je ne faisais pas parti de son monde. Mon frère aurait pu être un bon peintre, un écrivain de talent, un grand metteur en scène de théâtre. il ne fut que le fils de George Sand. Pour fuir maman, je me suis mariée trop tôt ; j'ai raté ma vie." p.91

"Les pages du carnet lues la veille et ce matin, me trottent encore dans la tête. Je suis sens dessus dessous. La lecture de passages aussi intimes des carnets de maman me procure l'impression d'une voyeuse qui épie à travers le trou d'une serrure." p. 103

Mon avis : 
George Sand, si méconnue, mais pourtant quelle femme captivante ! 
Curieuse vie que celle d'Aurore Dupin, qui fut une des premières femmes à reprendre sa liberté.
Parce que trompée, abusée sentimentalement par son mari, le baron Dudevant, avec deux enfants à sa charge, elle doit travailler pour gagner sa vie. Elle choisi l'écriture, payée à la page au Figaro, puis en publiant des romans.
Il faut lire son "Histoire de ma vie" (Ed. La Pléïade) car les notes sont si essentielles pour comprendre ce que fut son univers ! Tout un roman, il est vrai !

D'abord un peu curieuse de voir ce que l'on pouvait dire de nouveau sur la vie de George Sand, je pensais avoir tout lu ou presque depuis le temps que j'ai travaillé sur ce sujet (1993). Puis, au fil des pages, j'ai retrouvé d'anciennes sensations et j'ai bien apprécié  cette nouvelle et originale façon de présenter un résumé de sa vie si mouvementée. Une femme aux multiples facettes : mère, amante, romancière, journaliste politique, etc. et tant d'autres activités trop ignorées. 

Le seul point défavorable à mon propos, sera la présentation sans chapitres, d'un seul trait, sans point de repère possible, pour retrouver facilement une période de sa vie.

vendredi 20 juin 2014

Coup de cœur : Poils de Cairote de Paul Fournel




Sujet :
Une chronique journalière d’instants et de scènes insolites vues lors d’un séjour dans cette ville qui ne dort jamais. Le Caire, ses embouteillages, ses klaxons, ses chats, ses vendeurs ambulants, il n’y avait pas que les pyramides et les cars de touristes à voir dans les années 2000. Paul Fournel, alors attaché culturel auprès de l’Ambassade de France au Caire, nous fait part de ses découvertes, au fil des jours. Il a regroupé des mails envoyés au cours de son séjour. 

Citations :
« 12 novembre 2000
Le Caire appartient aux chats.
Ils ont traversé les dynasties, intacts. On les voit identiques à leurs statues, élancés, étroits, vifs, petits, surmontés de grandes oreilles. Ils n’ont pas de choix, la vivacité et leur minimum de survie. Il n’ya pas de place pour les lents sur les trottoirs du Caire. »  p. 11 
« 19 novembre 2000 
… C’est à ce moment-là que je m’engage sur la bretelle d’accès de l’autoroute et que surgit en face de moi, à contresens, un handicapé  dans son fauteuil roulant. Il dévale la rampe à fond de fauteuil, langue tirée, comme un beau tournedos repoussé sur le côté par le vent de la course, tête déjetée, membres noués, yeux dilatés. Il hurle. 
Je klaxonne, je multiplie les signaux à l’intention de mes suivants, les invitant à se ranger. Ils klaxonnent. Et notre homme, galabeya gonflée en montgolfière finit de dévaler la rampe, en appui sur la glissière, et va se perdre dans la circulation de la ville.
Personne ne le poursuit, personne ne l’attend, personne ne le revendique. Toute langue dehors, il fonce. … D’où venait-il ? » p.18/19 
« 8 juillet 2001
Le scooter cairote est un véhicule à cinq places. Les deux aînés sont devant, debout entre leur père et le guidon. Ils se battent parce que chacun veut être à l’avant face au vent. 
A l’arrière, la mère tient le petit dernier serré entre sa poitrine et le dos de papa. De l’autre main, elle tient le sac à provisions qui ballotte contre le moteur. 
Si le père est responsable et soucieux de l’avenir de sa famille, il porte un casque. » p. 127


Mon avis :
Que d’images, vues sur place dans les rues du Caire, retrouvées en lisant ce carnet d’impressions écrit par Paul Fournel !  La circulation, les bruits des rues, on y retrouve tout ! Dernier voyage en 2004, avant les Printemps arabes !  Je repense à notre sympathique guide et aux aimables personnels qui ont fait de notre croisière sur le Nil un véritable enchantement entre Noël et le Jour de l’an, alors que le tsunami s’abattait sur un autre coin de la planète ! Des journées que je n’oublierais jamais !

Pratique :
Date de parution 02/01/2004
Fiction et Cie
368 pages - 21.30 € TTC
ISBN : 2757803611
En édition Poche chez Points
7,1€ // 320 pages
Paru le 08/03/2007
EAN : 978275780361

jeudi 19 juin 2014

Lu et relu combien de fois ! "Les Belles de Tunis" de Nine Moati

tableau de J. F. Lewis. Live in a harem, 1858. 
London, Victoria Albert Museum,
Archives Edimédia


Un de mes plus mémorable coup de cœur, je ne saurai mieux expliquer ce livre que la quatrième de couverture de l'édition Seuil : 

"Le siècle brûlant de la domination française en Tunisie revit ici à travers trois générations de femmes juives. Myriam, la nièce du caïd Nessim, fréquente les palais beylicaux mais grandit dans la misère du ghetto. Elle s’en échappe grâce à Eugénia, la grande dame garibaldienne. Maya, sa fille, vit les heures dorées de l’entre-deux-guerres avant d’affronter la période noire de l’occupation allemande. Marie, la dernière de la lignée, connaîtra un amour tragique alors que la lutte fait rage dans l’Algérie voisine et que la Tunisie redevient tunisienne. 
Amours et intrigues de cour, princesses beylicales, gens du peuple et bourgeois enrichis se succèdent dans cette vaste fresque familiale. La population cosmopolite de la Régence –où Juifs, Arabes, Maltais, Italiens et Français côtoient l’histoire, grande ou petite – est le principal personnage d’une chronique foisonnante, émouvante et savoureuse, à l’image de la ville elle-même."  

Citations : 
« Les effets du séjour algérois du bey, de l’attitude courtoise et même amicale que napoléon III lui avait réservée ne se firent pas attendre. Léon Roches obtint rapidement de gros avantages pour son pays, qu’il installait petit à petit dans la Régence. Profitant des circonstances, il envisagea de se faire offrir un nouveau bâtiment comme consulat. Il l’imaginait déjà, blanc et solidement planté en ville franque, avenue de la Marine, face à l’église Saint-Antoine. C’est que , depuis sa visite à Alger-la-Blanche, il supportait mal la vétusté du fondouk des Français, son humidité, son inconfort. » p. 41 

« Avec Aïcha, elle courait le long des galeries du palais. Toutes les pièces donnaient sur le patio, qui était couvert d’une verrière. Myriam n’avait pas vu grand choses dans la vie, mais elle comprenait que si l’architecture du palais rappelait vaguement celle de son oukala, la ressemblance entre les deux habitations s’arrêtait là. Chaque fois qu’elle arrivait au palais, elle se sentait émerveillée. Elle ne savait ce qu’il fallait admirer le plus, des plafonds ciselés formant de riches poissons, des marbres qui recouvraient les murs ou des lustres aux verres foncés. Elle aimait surtout la suspension qui tombait de la verrière pour éclairer de ses innombrables bougies l’immense patio. » p.66 
« - Honnête ? Vos services de renseignements fonctionnent donc si mal ? Je peux vous dire, moi, que votre Eugenia et ce gros juif de Nessim … Mais je n’ai rien dit. Je n’aime pas dire du mal d’une femme, surtout si elle est laide et compatriote de surcroît. Mais à ce point-là, tout de même ! Quand je pense que tout l’argent de la Tunisie, de notre cher pays, est entre les mains de cette intrigante ! Et quand je pense, d’un autre côté, au bien que la France fait ici, grâce à notre ami le consul. …
Je tiens à remercier Son Altesse d’avoir décerné le Nicham Ifrikhar au jeune Henri Dunant. Celui-ci en a été profondément touché. 
- Sa Notice sur la Régence de Tunis » enchaîna le Khaznadar, est tout à fait remarquable et les portraits qu’il y trace de nos deux, cher ami sont des plus flatteurs.
- Savez-vous qu’il vient de créer à Genève une convention pour la protection des victimes de la guerre ? Après notre cher bey, tous les souverains d’Europe veulent maintenant le fêter et le décorer. Déjà, la Croix-Rouge, cette association qu’il a fondée l’année dernière, fait grand bruit. 
- Un autre de vos amis fait lui aussi parler de lui, reprit le Khaznadar. C’est l’orientaliste Alphonse Rousseau. Il vient de m’envoyer son ouvrage paru à Alger : Les Annales tunisiennes. Décidément, mon cher, nous ne saurons trop vous remercier de votre travail en Tunisie. Je suis sûr que , grâce à vous, la France brillera d’un éclat  particulier dans l’empire du Soleil-Levant, comme elle brille ici en ce moment. » p.103
« On appelait « le Passage » ce quartier de Tunis car il était situé près du passage à niveau du train électrique pour La Marsa dont la station de départ se trouvait juste devant le café Florian. Toutes les grandes rues de Tunis aboutissaient d’ailleurs au Passage. L’avenue de Londres grouillait de monde. Des juifs venaient pour acheter des pois chiches chez le Hammas de Tataouine, surtout le vendredi soir, veille de shabbat ; Ils allaient souvent aussi au théâtre Ben-Kemla applaudir, en compagnie des Arabes, les troupes tunisiennes qui n’avaient pas pu se faire engager au théâtre municipal. » p. 177

Une petite note personnelle : 
Lorsque l’on a vécu de très nombreuses années de l’autre côté de la Méditerranée, sur ce sol tunisien, si riche d'une Histoire lui ayant donné de grands hommes depuis l’Antiquité, Hannibal, Saint-Augustin, etc. jusqu’à Bourguiba, comment ne pas être touchée par cette tranche d'histoire de la Tunisie, racontée d’une si belle manière par Nine Moati ! N’était-elle pas elle aussi, une fille du pays !